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* Fréquences hertziennes : toutes les
entreprises en veulent une part - Silicon.fr - Christophe Lagane, 15
décembre 2016
A l’occasion d’une table ronde organisée par l’ANFR, des acteurs
sont revenus sur le rôle du spectre dans l’évolution technologique
des entreprises.
Le rôle des fréquences hertziennes dans la transformation par le
numérique des entreprises constituait le thème de la seconde table
ronde de la 4e conférence Spectre et Innovation organisée par l’ANFR
(Agence nationale des fréquences) ce jeudi 15 décembre au ministère
de l’Economie et des Finances. Les intervenants en conviennent,
cette transformation est incontournable pour les développements des
entreprises et la valeur ajoutée qu’elle leur apportera. Avec
quelques nuances.
Des besoins très différents
Pour Loïc Duflot, sous-directeur réseaux et usages numériques de la
DGE, il leur faudra identifier précisément leurs besoins très
différents d’un secteur à l’autre. Ce sera, a-t-il illustré, une
solution de traçabilité pour le secteur de la logistique, le choix
d’un système de vente pour les artisans… « L’identification des
besoins est essentielle pour les entreprises et le rôle de l’Etat
est de les accompagner. » Rôle d’autant plus important que « la
France [des PME] est très en arrière sur les questions de
transformation par le numérique », estime François Coulloudon,
fondateur et PDG de Teeptrak, société spécialisée dans le suivi de
performance. Il le constate au quotidien auprès des nombreuses
entreprises qu’il visite. Big data, IoT, intelligence artificielle…
« à vouloir voir trop grand, on manque l’essentiel. Les informations
sont celles qui sont vraiment utiles et il ne faut pas [que les
entreprises] s’éparpillent sur des milliers de sujets. »
« Les évolutions technologiques sont très rapides », convient Erik
Josefsson, directeur de l’innovation chez Ericsson. Et, selon lui,
la 5G sera au centre de cette évolution. « La 5G sera à l’industrie
ce que la 4G a été pour les smartphones. » Elle apportera une
accélération jamais vue à ce jour. L’équipementier, comme ses
concurrents, travaille à cette accélération en développant des
solutions autour du contrôle des machines à distance, du pilotage
automatisé de système, des antennes « intelligentes », etc., tout en
assurant l’apport de débits (en gigabits/s) et la sécurité du
réseau. Autant de technologies visant à répondre à de nombreux cas
d’usages. De l’automobile (qui aura besoin autant de débits que de
faible latence) à l’eSanté (et ses télé-opération à partir,
éventuellement, de gants tactiles) en passant par la réalité
augmentée dans l’industrie ou l’usage du satellite pour assurer les
communications des vols commerciaux, les exemples ne manquent pas.
Des besoins toujours plus grands en fréquences
Président de l’Agurre (l’association des grands utilisateurs de
réseaux radio d’exploitation qui réunit notamment la SNCF, la RATP,
ADP et Air France), Stéphane Chouet illustre concrètement les
besoins des sociétés de transport terrestre. Avec l’autonomisation
des véhicules, les yeux des conducteurs vont être remplacés par des
caméras et d’autres capteurs capables de remonter en temps réel des
informations environnementales vers un centre de contrôle et
commandes pour assurer le bon fonctionnement du système. « Le
matériel roulant va devenir de plus en plus communiquant. » A cette
communication nécessaire aux enjeux de sécurité et de performances
industrielles, s’ajoutera la gestion des « signaux faibles ». Soit
les informations émises par les objets et analysées par des
technologies de Big Data, voire d’intelligence artificielle, « pour
capter de manière plus dynamique l’état de santé de l’infrastructure
du matériel roulant qui l’emprunte ». A des fins de sécurité et
maintenance, essentiellement, et dont le contrôle passera
potentiellement par l’usage de drones de surveillance. Autant de
besoins qui, selon Stéphane Chouet, nécessite des fréquences et
ressources spectrales dédiées. « Il faut convaincre les pouvoirs
publics d’accorder des réseaux de fréquences dédiés, large bande, au
secteur des transports. »
Le secteur de l’aviation « a de grands besoins d’accès à des bandes
libres, confirme par sa part Daniella Genta, vice-présidente Radio
Regulatory Affairs and Policy d’Airbus. Internet, automatisation,
réalité augmentée, big data, Cloud, imprimantes 3D, intelligence
artificielle… les applications des ‘smart factory’ s’appuieront sur
le réseau. On aura besoin d’avoir accès à des bandes de fréquences.
» Frédéric Pujol, responsable de la Practice Services Mobiles pour
l’Idate, confirme que « les besoins de fréquences vont s’accentuer
». Tant dans les bandes basses (inférieures à 1 GHz) que les hautes
fréquences (au-delà de 6 GHz pour leurs grandes capacités de bande
spectrale).
Partage des ressources
Ce qui pose la question du partage de cette ressource hertzienne
naturelle et limitée. « Les nouvelles bandes et évolutions de
modèles avec plus de bandes partagées va donner lieu à l’évolution
du cadre réglementaire », déclare l’analyste de l’Idate. Il note
néanmoins que les décalages entre les évolutions technologiques des
télécoms (avec une nouvelle génération de radio par décennie
environ) et celle des secteurs industriels lourds (20 ans ou plus
pour renouveler une infrastructure de transport) peut constituer un
frein à l’adoption de la transformation par le numérique. Mais la
réglementation, ou son absence, peut également ralentir l’adoption
des nouvelles technologies. « Les solutions de transports autonomes
ne sont pas loin d’être finalisées mais il reste à mettre en place
la réglementation », souligne Daniella Genta.
Pour François Coulloudon, qui rappelle qu’il ne faut pas se
focaliser uniquement sur les grands groupes, « la technologie ne
doit pas être un point bloquant car il est difficile de prévoir les
usages. Mais il faut mettre les débits, la portée, la faible latence
à disposition pour laisser apparaître les applications ». Autrement
dit, fournir les technologies et laisser les applications se
développer sans préempter sur les usages futurs.
Plate-forme Plan Stratégique
C’est pour mieux encadrer ces usages que, en marge de la table
ronde, Gilles Brégant a annoncé le lancement de la plate-forme Plan
stratégique. Cette initiative vise à « rendre le spectre lisible »,
a précisé le directeur général de l’ANFR.
Le site invite à donner son avis sur les usages et enjeux
techniques identifiés autour des fréquences. Et même de suggérer de
nouveaux usages. Cette consultation publique, ouverte jusqu’à fin
février 2017, permettra à l’Autorité de rendre son plan stratégique
au gouvernement le mois suivant afin « de montrer ce qu’on pourra
faire des fréquences dans les 5, 10 ou 15 ans à venir », a résumé
Gilles Brégant. Avant de conclure en s’adressant à la salle que « le
plan stratégique est entre vos mains ». |